La mode, comme l'automobile, est un art de vivre

Coupes affirmées, constructions précises et matières luxueuses : les collections de Marie Adam- Leenaerdt sont le fruit d’une vision personnelle et originale de la mode, à l’écart des tendances. À la fois intemporelles et dotées d'un style unique, les créations de la styliste suscitent la surprise et l'émotion.

Vous vivez un début de carrière pied au plancher !

Je ne recule évidemment devant aucun sacrifice, mais les pièces du puzzle s'imbriquent plutôt bien jusqu'ici ! Durant mes années d'étude, j'ai eu l'honneur de réaliser des stages chez Balenciaga et Givenchy. Je suis ensuite rentrée à Bruxelles, et grâce à quelques rencontres déterminantes, j'ai pu compter sur l'aide et le soutien de nombreux acteurs importants de l'univers de la mode. Notamment Dimitri Jeurissen, l'un des fondateurs de Base Design. Mais aussi Etienne Rousseau, fondateur de Villa Eugénie, une société importante active dans l'événementiel et la production de défilés. Ou encore Lucien Pages, figure incontournable de la presse de mode à Paris et dans le monde. C'est comme cela que j'ai rapidement pu créer la marque qui porte mon nom, et présenter mon premier défilé en février 2023.

S'agissait-il d'un rêve de petite fille ?

Pas vraiment. J'ai toujours apprécié les vêtements et l'univers de la mode. Mais je ne me projetais pas dans la création. Une journée « portes ouvertes » à l'École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre a vraiment joué un rôle de déclencheur.

Comment définissez-vous votre univers ?

Le Belge ne fait pas de la mode comme tout le monde. Il part d'une idée et d'un concept, avant de travailler l'esthétique. La mode belge ne se veut pas gratuite et purement tournée vers l'esthétisme. Elle est habitée d'une réflexion allant au-delà du vêtement, du produit, de l'usage. C'est dans cette voie que j'ancre mon travail. Il y a une dose de belgitude dans mon œuvre, même si, par définition, chaque univers créatif reste très personnel.

Votre inspiration puise dans le quotidien pour susciter la surprise et l'émotion.

Dans un secteur comme la mode, le public a besoin et envie d'être surpris. Les clients veulent découvrir des choses inédites. Je puise effectivement mon inspiration dans mon environnement. Utiliser des éléments du quotidien permet de s'adresser à un large public. Et en revisitant ou réinventant des objets ordinaires, les personnes peu familières avec la mode peuvent se l'approprier plus aisément. Je veux des codes identifiables pour qu'ils soient accessibles. Car justement, la mode a parfois tendance à se montrer inaccessible, voire à être incomprise.

"Il n'y a pas vraiment de marche à suivre. Il faut apprendre de tout le monde et de toutes ses expériences."

Vos créations possèdent un côté très intemporel. Vous résistez aux tendances…

J'estime que des pièces d'un certain prix doivent durer le plus longtemps possible. Autre aspect essentiel à mes yeux : l'intemporalité et la multifonctionnalité dans les vêtements. J'aime que l'on puisse porter une pièce de plusieurs manières différentes.

Comment la création, la mode et l'automobile de prestige peuvent se rencontrer ?

Avec ma marque, j'essaie de créer un ensemble autour du vêtement. Je pense qu'il en va de même dans l'automobile. Plus que de voiture, on parle d'art de vivre. Construire une marque qui fasse partie du quotidien : voilà un beau défi, et en cela, je pense que nos deux secteurs d'activité se ressemblent et se rassemblent.

Est-ce en ce sens que vous avez souhaité travailler avec D’Ieteren Luxury Performance, notamment à l'occasion d'un défilé ?

Je ne m'intéresse pas uniquement au vêtement, mais aussi à son univers adjacent. Les défilés et les dîners en font partie. Ce défilé fut une expérience émotionnelle excitante, liant des scènes de la vie quotidienne à un défilé de mode.

"Saison après saison, j'aime retravailler, améliorer, les vêtements et accessoires."

Une marque automobile possède un design identifiable. Votre style, lui aussi, se veut bien distinct…

Au-delà du style identifiable, que d'aucuns me prêtent volontiers, il est important de proposer des éléments iconiques qui reviennent de saison en saison, et qui font partie intégrante de la marque. Je veux que mes créations perdurent, elles ne doivent pas tomber dans l'obsolescence après une saison. La réversibilité et la multifonctionnalité des pièces est un peu ma signature.

Quels sont vos matériaux luxueux de prédilection ?

Assurément la laine, la soie et le cuir. Je privilégie les matières les plus naturelles possibles.

Quelle est votre vision de l'univers du luxe ?

Le luxe, pour moi, consiste à travailler des matériaux nobles, intemporels. C'est aussi concevoir des pièces multifonctionnelles dont on se lassera moins. Le luxe, c'est encore savoir choisir les bons artisans et fournisseurs, savoir d'où viennent vos matériaux. Notre production est entièrement européenne, nous surveillons scrupuleusement chaque étape.

Comment développez-vous l'expérience client ?

C'est précisément dans cette optique que nous venons de lancer notre e-shop. Il s'agit de notre première expérience de vente directe, qui va améliorer le retour d'information. Notre site web se veut également une merveilleuse plateforme de communication avec notre clientèle. Afin, par exemple, de les informer sur la finalité d'un produit. Pour une jeune marque qui se positionne, les défilés se révèlent également extrêmement importants. Ce sont des moments privilégiés et de partage avec la presse et nos clients, tout en donnant le ton à une collection. Quant à la Fashion Week de Paris, c'est un peu notre « Salon de l'automobile de Bruxelles ». Un rendez-vous incontournable. Enfin, pour nos clients privilégiés ou pour des célébrités, nous proposons également du sur-mesure, directement à notre atelier de Bruxelles.

"Le cycle de la mode va très vite : un défilé tous les six mois ! En mars, j'ai déjà présenté mon 7e défilé."

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